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De la scream girl à la final girl, le rôle de la femme dans les films d’horreur évolue

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De la jeune fille innocente à la femme se battant pour sa survie, le rôle des femmes dans les films d’horreur évolue, sans pour autant abandonner les bons clichés du genre.

« Dans tout bon film gore, il y a des règles immuables à respecter si on souhaite rester vivant jusqu’au mot fin. Procédons dans l’ordre. Règle numéro un : surtout, jamais de sexe. En langage gore, « sexe » rime avec « mort ». » Comme le dit si bien Randy dans Scream, pour faire d’un film d’horreur un classique du genre, il y a des règles à respecter. Le rôle du vilain est réservé soit à un homme qui incarne la force physique tel Micheal Myers dans Halloween soit à un autre frustré, tel Billy par l’abstinence de Sidney dans Scream. Vous l’aurez compris, pour être un bon méchant, il faut soit de la virilité, soit un problème avec la gente féminine. Et les femmes dans tout ça ? 

De la “scream queen” (« reine du hurlement ») à la “final girl”, les rôles attribués aux femmes restent codifiés, véhiculant une certaine image de la féminité. L’une des figures emblématiques du genre reste la scream queen. Jeune, correspondant aux critères de beauté de la société et incarnant la « pureté » voir « virginité », la scream queen ponctue le film de ses hurlements stridents. Si l’une des premières scream queen n’est autre que Fay Wray dans KingKong, c’est sûrement le personnage de Laurie Strode dans Halloween qui popularise le terme. Mais la scream queen revêt d’une importance primordiale pour le bon déroulement du film. Elle offre au spectateur de l’émotion. Imaginez un film dans lequel un homme viril, sans peur rencontre un tueur sanguinaire et le désarme de son couteau. Au bout de dix minutes, c’est l’ennui garanti. Mais attention, dans une société hétéronormée, le rôle du personnage montrant ses émotions telles que la peur ne peut qu’être jouée par une femme.

La sexualité féminine punie

Malgré son importance, la survie de la scream queen n’est pas garantie. Le premier danger pour toute protagoniste de l’horreur ne se trouve pas derrière un masque et un long couteau. Pour rappeler la règle brillamment énoncée par Randy, le danger, pour les protagonistes féminines, réside avant tout dans leur sexualité. Pour ne citer que quelques exemples parmi tant d’autres, dans Halloween (classique du genre) Judith Myers meurt après avoir eu une relation sexuelle dès la scène d’ouverture. Idem pour Casey Becker dans Scream ou Tina Gray dans Les griffes de la nuit. Exemple emblématique de scream queen, Marion Crane dans Psychose connue pour son cri mortel sous la douche, a une liaison avec un homme marié. La sexualité féminine est donc souvent punie dans les films des années 1980-1990, donnant donc une certaine importance à la “pureté” féminine. 

Mais renoncer à sa “pureté” n’est pas forcément synonyme de mort. Désolée Randy. Dans certains cas, sortir de ce rôle de la gentille jeune fille vierge, peut conduire à devenir le “monstre” du film. C’est le cas de Carrie (dans le film éponyme) qui change lorsque surviennent ses premières règles, ou de Rosemary dans Rosemary’s Baby dont la monstruosité réside dans les symptômes de la grossesse. Vous l’aurez compris, sortir des fantasmes de pureté masculins n’apporte rien de bon à Halloween. Mais alors, qu’arrive-t-il à celles qui font vœu de chasteté ? 

La final girl, l’archétype de l’horreur 

C’est là qu’interviennent les “final girls”, personnages principaux du “slasher” sous genre de l’horreur où un tueur psychopathe assassine une bande de jeunes confinés dans un espace clos les uns après les autres. Face au succès de ces personnages, la chercheuse étasunienne Carol J. Clover théorise le concept de la final girl. Si au premier abord sa caractéristique est sa survie, pour Carol J. Clover, la final girl est avant tout une jeune femme vierge et/ou innocente. 

Si avec Halloween John Carpenter introduit la final girl, avec Scream, Wes Craven la fait évoluer. Sidney Prescott, dans le rôle de la final girl, survit alors qu’elle a une vie sexuelle active. Aujourd’hui, loin de la jeune fille vierge et innocente, la final girl reste un classique du genre. Dans le dernier film de la saga Scream sorti en 2023, la final girl, Sam Carpenter va jusqu’à tuer les tueurs tout en portant le masque de Ghostface, le tueur emblématique de la saga Scream. Ainsi, les nouvelles final girls sont celles qui survivent tout en ayant une activité sexuelle, mais également celles qui combattent le mal. 

Place au cinéma d’horreur féministe

Au final, qu’elle survive ou non, qu’elle soit « pure » ou non, la protagoniste de l’horreur reste victime du male gaze (regard cinématographique qui place le spectateur dans une position masculine, réduisant les femmes à leur corps ou à leur rôle décoratif). Heureusement, le cinéma d’horreur ne coûtant pas cher à produire, les femmes réalisatrices y ont leur place. Cette nouvelle génération de réalisatrices apporte une lecture féministe du genre horrifique. Dans Grave un film de “body horror” sorti en 2016, Julia Ducournau utilise le cannibalisme comme métaphore de l’émancipation et la découverte de soi lorsque Justine, 16 ans, se retrouve en pleine puberté dans un contexte de bizutage scolaire. Avec Jennifer’s Body sorti en 2009, la réalisatrice Karyn Kusama inverse les rôles traditionnels de l’horreur en sexualisant les hommes, dont se nourrit Jennifer pour rester belle. À quelques jours d’Halloween mieux peut-être tronquer un bon vieux Slasher contre un film de cinéma d’horreur féministe ? 

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