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Lysistrata Média

Comment les vêtements montrent des inégalités de genre ?

Les vêtements sont sources de grandes différences entre femmes et hommes. Si les deux ne recherchent pas la même chose lors de l’achat, les femmes sont aussi soumises aux contraintes de la société et au regard constant sur elles.  

Et si nos pulls étaient sexistes ? Dit comme ça, c’est peut-être une bien forte accusation pour nos pauvres mailles qui n’ont rien demandé depuis leur placard. Mais si l’on se penche un peu plus sur eux, il se pourrait qu’ils soient, eux aussi, dans un système peu favorable aux femmes. 

Des études ont montré que les vêtements pour femmes sont en effet moins épais que ceux des hommes. Les textiles féminins dans leur globalité sont faits dans des tissus plus légers que ceux des hommes. Et la raison est assez simple : cela permet aux marques de faire des économies sur la matière. Car dans la mode femme, il a plus de renouvellement de collections que chez l’homme. Ainsi, les femmes portent des vêtements avec un grammage (c’est-à-dire le poids d’un mètre carré de tissu) inférieur, mais le prix, lui reste, bien le souvent le même. Certains sweats masculins de fast fashion ont un grammage 350 à 400 tandis que ceux des femmes sont entre 250 et 300.   

Le problème est plus profond qu’une simple quantité de laine ou de coton. Selon une enquête de 2024 en Norvège (Comparing Male and Female Wardrobes: Gender Dynamics in the Practice of Dressing, écrit par Vilde Haugrønning et Ingrid Haugsrud), les femmes possèdent presque deux fois plus de vêtements que les hommes. Les résultats mettent en lumière la complexité et les tensions auxquelles les femmes sont confrontées pour concilier les normes vestimentaires imposées par la société, l’expression de leur féminité et une forme d’équilibre dans la façon de s’habiller. Ainsi, elles doivent avoir plusieurs vêtements pour plusieurs occasions en fonction de plusieurs météos tandis que les hommes sont moins contraints dans leurs dressings. 

Plaire avant le confort

Dans le même sens, un article de 2021 (These Boots Weren’t Made for Walking: Gendered Discrepancies in Wearing Painful, Restricting, or Distracting Clothing) explique la théorie de l’objectification. C’est l’idée que les femmes sont sociabilisées pour concevoir leur corps comme un objet regardable, ce qui entraîne de leur part, une “surveillance du corps”. Et le résultat est simple : les femmes endurent plus souvent des vêtements qui sont douloureux, limitent le mouvement ou nécessitent une surveillance constante. On pense toutes à cette fameuse robe trop courte que l’on doit tirer vers le bas, ces bottes qui font des ampoules ou cette chemise trop décolletée qui demande de ne pas trop bouger. 

Dans ce même article, les autrices Renee Engeln et Anne Zola montrent que le choix des vêtements chez les femmes va aussi dans le sens d’une dimension positive de l’image corporelle et ainsi d’une appréciation de leur corps. Elles ont tendance à porter  des vêtements dits “inconfortables” pour paraître attirantes tandis que les hommes le font dans un cadre professionnel (cravate, chemise…).   

Lors de leurs achats, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes critères. Si les hommes regardent en premier la robustesse et la durabilité, les femmes vont plutôt s’intéresser au tombé, la forme de la silhouette ou encore la fluidité. Et les marques l’ont bien compris et en profitent largement dans leur prix et dans la qualité des vêtements.