Voilà un intitulé qui donne envie. Il ne s’agit pas de la dernière téléréalité Netflix ou d’une théorie sur la lutte des genres, bien que le nom pourrait correspondre. Il s’agit du surnom donné aux matchs d’exhibition de tennis dans lesquels une femme affronte un homme. L’événement a été annoncé il y a peu.
Fin décembre, Aryna Sabalenka, la numéro 1 mondiale, affrontera Nick Kyrgios, le 652e mondial. À l’initiative, l’agence qui représente les 2 athlètes et une société de production pour un match à Dubaï. Vous l’aurez compris, le but est purement sportif et non financier… Les publicités pour cet événement se multiplient et le match est déjà lancé dans les médias.
Si la Biélorusse avance doucement, avouant avoir “beaucoup de respect” et louant “le talent” de l’Australien, ce n’est pas le cas de ce dernier. “Elle ne va pas me battre, lançait-il. Je dirais 6-2 peut-être. Nos services, les femmes ne peuvent pas les tenir.” Le ton est donné. Mais rien d’étonnant de la part d’un joueur aussi spectaculaire qu’impulsif sur le court. La déclaration respire l’orgueil, à minima. Difficile d’en être étonné.
Tout est dans le service ?
Cependant, les chiffres donnent raison à Kyrgios. En moyenne, sur les 4 Grands Chelems, la vitesse du premier service s’élève à 184,1 km/h chez les hommes et à 158,5 km/h chez les femmes. Une puissance de balle qui peut faire toute la différence. C’est le cas sur le circuit masculin où un joueur du top 100 gagne en moyenne 80 % de ses jeux de service, contre 20 % de ses jeux de retour.
Chez les femmes, le rapport de force est plus équilibré : elles remportent 65 % de leurs jeux de services. Toutefois, si l’on regarde les classements individuels, il n’y a pas match. Quel culot d’afficher une assurance pareille ! La rencontre s’annonce plus serrée qu’il n’y paraît. Certes, l’Australien n’a disputé que six matches sur le circuit en trois ans à cause de ses multiples blessures. Mais il s’agit tout de même de l’ancien 13e mondial, finaliste de Wimbledon en 2022. Pourra-t-il, dans un grand soir, tenir le match face à la vainqueure de l’US Open et finaliste de l’Open d’Australie et de Wimbledon ?
Billie Jean King VS Bobby Riggs, un match dans la légende
Kyrgios n’est pas le premier à lancer les hostilités en amont, annonçant une victoire haut la main. Mais il ne sera peut-être pas le premier à se faire surprendre. On compte 13 “batailles des sexes” entre joueurs et joueuses de haut niveau. Et parmi elles, celle du 20 septembre 1973 opposant les compatriotes américains Billie Jean King et Bobby Riggs est resté dans la légende.
L’ancien vainqueur de Wimbledon et de l’US Open est alors retiré du circuit depuis onze années. Sûr de sa force (et de son machisme), il explique être encore capable de battre n’importe quelle femme sur un court de tennis. Celui qui se surnomme lui-même le “Roi des porcs chauvins mâles” affronte Margaret Court, une des meilleures joueuses de son temps. Le match est programmé le jour de la fête des Mères, et Riggs offre un bouquet de roses à son adversaire avant le début. Une preuve de plus de sa misogynie s’il en fallait.
Malheureusement, l’Américain bat aisément la championne 6-2 6-1. Il ne manque pas cette occasion pour vanter sa performance, mais surtout pour appuyer sur le soi-disant faible niveau du tennis féminin. Il faudrait une reine pleine de détermination pour faire taire ce personnage bien insupportable… C’est là qu’entre en scène la numéro 1 mondiale, Billie Jean King.
Dans un premier temps repoussée à l’idée de participer à ce spectacle indigne, elle relève finalement le défi en tant que féministe, elle qui œuvre à côté de sa carrière pour un monde du sport plus égalitaire. Un emballement médiatique se crée et l’Amérique veut savoir qui sortira vainqueur de ce match qui donnera le surnom de la “bataille des sexes”. Contre toute attente, l’américaine bat nettement Riggs 6-4, 6-3, 6-3. Il aurait même déclaré en serrant la main à Billie Jean King : “Vous savez, je vous ai vraiment sous-estimé”.
Il s’agit d’une victoire au-delà du court. Ce match à haute exposition médiatique a joué un grand rôle dans la reconnaissance du sport féminin. La performance permet à de nombreuses femmes de se sentir fière et de pouvoir commencer à parler de féminisme. Ce que Billie Jean King n’avait pas pu faire avant le match. Elle s’était contenté d’expliquer être “pour le mouvement des femmes”. Esquivant le terme “féministe” pour ne pas se voir haïe par les 90 millions d’Américains devant leur télévision.
Une défaite d’office
Cependant, cette victoire ne doit pas être gâchée. Pas plus qu’elle ne l’a été par la suite. La dernière “bataille des sexes” date de 2013. La Chinoise Li Na, 5e mondiale, avait disposé du Serbe Novak Djokovic, 1er mondial, dans un match en trois jeux gagnants. Une performance majuscule, si elle n’était pas éclipsée par le format. La joueuse commençait chaque jeu avec une avance de 30-0. Quelle victoire y a-t-il à gagner ce match ? La scène rappelait ces jeux d’enfants où l’on offre des dizaines de secondes d’avance pour équilibrer la course.
Participer, c’est déjà perdre. C’est cautionner cet enfantillage qui touche à la dignité de l’athlète, voire de la femme. Ces showmatchs possèdent cette audience particulière uniquement par cette atmosphère de machisme qui règne. L’occasion de vérifier si la domination masculine est toujours présente, impériale. De quoi alimenter les thèses masculinistes les plus violentes.
Il est admis que les hommes possèdent des attributs physiques leur donnant un avantage certain. Ces derniers possèdent en moyenne plus de masse musculaire (35 % contre 28 %) leur donnant plus de force et d’endurance. Pourquoi continuer à organiser ces matchs, si ce n’est pour créer du profit sur un intérêt plus qu’attristant ? Si toutes les personnes intéressées par ce match le sont uniquement par l’affrontement des styles de tennis, pourquoi n’entend-on pas parler des matchs en double mixte ? Mesdames, n’acceptez plus ces rencontres de l’humiliation.