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Lysistrata Média

Festival Femmes en Montagne : quelle place pour les femmes dans les sports outdoors ?

La sixième édition du festival Femmes en Montagne s’est tenue à Annecy du 13 au 16 novembre dernier. L’occasion pour Lysistrata de revenir sur l’événement et sur la place accordée aux femmes en montagne et dans les sports outdoors.

Il est le seul festival de cinéma mêlant films de montagne et questions de genre. Du 13 au 16 novembre 2025 avait lieu à Annecy la sixième édition du festival Femmes en Montagne. Si le festival continue en ligne avec 31 films accessibles jusqu’au 5 janvier 2026, pendant quatre jours, ce sont 28 films qui ont été projetés dont 11 projections étaient des premières européennes ou françaises. 

Cette année, le festival passe un cap en devenant accessible aux publics sourd et malentendant avec 100 % des échanges sur scène et projections sous-titrés et doublés en langue des signes. « Beaucoup de personnes sourdes et malentendantes ne parlent pas la langue des signes, mais lisent sur les lèvres. Sauf que quand on est sur scène, on est loin, on a le micro et il est très dur de lire sur les lèvres. Donc de sous-titrer en direct permet aux personnes sourdes et malentendantes ne parlant pas la langue des signes de pouvoir assister au film, mais surtout de comprendre les échanges » explique Tanya Naville la créatrice et directrice du festival Femmes en montagne.

« Encourager à avoir plus de femmes leaders de cordée et visibiliser cela, permet aussi à des hommes d’être second. » Tanya Naville

Rendre le festival le plus inclusif possible entre dans la mission de médiatisation portée par l’association Femmes en Montagne créée en 2016 et à l’origine du festival. « On a créé l’association parce qu’on voulait médiatiser les pratiques féminines des sports out doors et de montagne. Si on veut qu’il y ait plus de femmes qui pratiquent, avant de les former, il faut qu’elles aient l’idée de pouvoir pratiquer ces sports » continue Tanya Naville. La créatrice du festival  observe des progrès comme l’augmentation du nombre de femmes dans les films documentaires qu’elles soient devant ou derrière la caméra, mais les femmes restent victimes de préjugés dans leur pratique des sports outdoors. 

La mort, un risque genré 

Si comme le reste de la société, la montagne connaît les stéréotypes classiques comme la différence de physionomie entre les femmes et les hommes, elle possède son propre stéréotype genré : la notion de risque. « Il y a la question du risque de mort qui exacerbe certaines choses liées au genre. Si face à une avalanche, un homme ou une femme sont pareils, le fait que dans la société, on tolère moins le risque pour les femmes, inconsciemment souvent, ça gêne un peu les pratiques » déplore Tanya Naville. Les femmes se retrouvent alors avec des freins internes et externes quant à leur prise de risque. 

« Face à une avalanche, un homme ou une femme sont pareils » Tanya Naville

Un autre paramètre qui vient appuyer ce préjugé est la parentalité. Dans l’esprit collectif, une femme est plus facilement renvoyée à sa maternité qu’un homme à sa paternité. En octobre 2022, alors que la skieuse d’altitude Hilaree Nelson, disparaît au Manaslu au Népal, le magazine Montagne se pose la question de savoir si, lors de la nécrologie d’un athlète masculin, sa famille est mentionnée. Le journaliste Thomas Vennin réalise alors que la seule fois où la mention de la paternité d’un homme décédé en montagne est faite, c’est dans le cas de l’alpiniste John Snorri décédé sur le K2 en 2021. « L’aurait-il eu s’il avait été père de deux enfants et non six ? Pas sûr… » confesse le journaliste. 

L’indélébile casquette de mère

Un exemple tristement célèbre d’une femme renvoyée à son rôle de mère est celui de l’alpiniste Alison Hargreaves. En 1995, l’alpiniste britannique décède aux cours de son ascension du K2. Certains tabloïds reprochent alors à Alison Hargreaves d’avoir, par son décès, abandonné ses deux enfants. Pourtant, « peu de temps après, des hommes-pères sont morts et là, on pleure l’alpiniste » déplore Tanya Naville avant de reconnaître une évolution. Depuis, Alison Hargreaves est reconnue comme un exemple en alpinisme. Presque 30 ans après, lorsque Hilaree Nelson disparaît, nul ne l’accuse d’un certain égoïsme morbide. Si l’on met de côté les anonymes qui se sont emparés de l’espace commentaires sur les réseaux. 

Il ne faut pas oublier que les femmes sont sept fois plus nombreuses à faire face à une réaction négative de la part de leur direction à l’annonce d’une grossesse. Ajoutons à cela les tâches ménagères et la charge mentale qui touche 80 % des femmes en France selon Ipsos. 

Le Plafond de glace 

En 2023, l’association Mountain Sisters a publié une étude sur la place des femmes en montagne. On peut y observer ce que la secouriste en montagne et présidente de l’association Lead the Climb, Marion Poitevin appelle le « plafond de glace ». Dans un milieu exclusivement masculin, 98 % des guides de haute montagne sont des hommes, seulement 2 % des postes de direction d’un domaine skiable sont occupés par des femmes. Une différenciation des tâches par genre s’observe également dans les résultats de l’étude. Le terrain est souvent laissé aux hommes (guides de haute montagne, secours en montagne…) et les postes de bureau occupés par des femmes. 

« Il y a 2 % de femmes guides de haute montagne. » Tanya Naville

L’étude montre également un problème de légitimité. En effet, si un homme sur dix dit être souvent sollicité pour prendre la parole sur des sujets liés à la montagne, une femme sur deux estime ne jamais l’être. Ce problème de légitimité peut découler, entre autres, par le manque de médiatisation des femmes en montagne. Pour expliquer cette faible représentation des femmes en montagne, Tanya Naville revient sur le « côté transmission » des rôles de guides en haute montagne ou sur le profil type des pratiquants de sports outdoors : « l’homme qui pratiquait la montagne, était souvent un homme CSP+, hétérosexuel, de plus de 40 ans, blanc ». Avant de continuer, « si on ouvre tous les pages des magazines de montagne, c’est un peu le même type de personnes qu’on voit. C’est pour ça qu’on est content de proposer de nouveaux récits, un nouvel imaginaire et de nouveaux rôles modèles”.

Montrer la voie

Ces nouveaux récits s’écrivent à la fois par des actions comme le festival Femmes en Montagne, mais également par des femmes s’illustrant dans le domaine et montrant qu’elles ont leur place en haut des sommets. On pense alors aux Françaises Maud Vanpoulle, Fanny Schmutz et Lise Billon ont réussi la première ascension féminine de la voie du Compresseur, en face est du Cerro Torre, sommet iconique de Patagonie en février 2024. Pour ne citer qu’un exemple. 

« Je suis intimement convaincue que le fait de voir peut inspirer. » Tanya Naville

Huit ans avant cette ascension, Lise Billon devenait la deuxième femme à obtenir le Piolet d’or, plus grande distinction du monde de l’alpinisme, pour son ascension du Cerro Rison Patron avec Antoine Moineville, Jérôme Sullivan et Diego Simari en 2016. Le prix a été créé en 1992. Mais vague de renouveaux, et après de forts débats, une mention spéciale mettant à l’honneur l’alpinisme féminin est discernée lors des Piolets d’or depuis 2023. Mais pour certains, la création d’un prix destiné aux femmes pourrait avoir l’effet inverse et accroître les stéréotypes de genre, déléguant les femmes dans une catégorie annexe inférieure à celle des hommes. Pourtant, le monde de la montagne ne manque pas de femmes devenant des modèles de sports outdoors. Pour Tanya Naville, « les rôles modèles comme Marion Poitevin, permettent de se dire « La porte est ouverte donc je peux y aller. » »

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