La Coupe d’Afrique des Nations féminine a été officiellement reportée deux semaines avant son démarrage, initialement prévu du 17 mars au 3 avril. Un changement qui pose question et qui s’apparente à un profond irrespect pour les joueuses et les sélections concernées.
Patatra… À seulement quelques jours du coup d’envoi de la prestigieuse compétition de football, la Confédération Africaine vient d’acter le report de la Coupe d’Afrique des Nations féminines. Du 17 mars au 3 avril, le Maroc devait initialement accueillir cette épreuve reine dans la discipline sur le continent, mais il n’en est rien. Après une volte-face surprenante du pays hôte, cette édition se tiendra finalement durant l’été. Officiellement, le royaume évoque des “raisons organisationnelles”. Mais, si l’on regarde d’un peu plus près, cette décision pose question. L’édition masculine, qui demande pourtant plus de moyens logistiques, sécuritaires et financiers, a eu lieu il y a seulement quelques mois. Ainsi, pour la CAN féminine, moins de villes sont mobilisées (3 au lieu de 6), moins de stades également (4 au lieu de 9), où est donc la raison ?
Un prétexte tiré par les cheveux
Pourtant, le Maroc a mis les moyens dans le football féminin. Son modèle, loué ses dernières années par les performances des Lionnes de l’Atlas sur le plan international, a fait progresser le sport féminin sur le continent. La tenue de cet événement sur son territoire, qui avait déjà été le cas pour les deux éditions précédentes, pourrait péricliter ce cycle bien entamé. Ce qui n’a pas empêché l’organisation de décaler la CAN féminine.
On évoque en interne une certaine “lassitude” après les tristes événements qui ont ponctué l’édition masculine de cet hiver, avec le retour au vestiaire du Sénégal lors de la finale, des envahissement de terrains, ou une discorde autour de la serviette du gardien Edouard Mendy. Au mépris du sport féminin ? Une décision qui ne passe pas d’ailleurs pour le ministre des Sports sud-africain Gayton McKenzie, qui avait également déposé le dossier pour l’organisation de la compétition. « Sommes-nous tous contraints de subir les conséquences de la victoire du Sénégal à la CAN masculine ? Si le Sénégal n’avait pas remporté cette finale, serions-nous encore confrontés à cette incertitude ? » , affirme le représentant de la nation ayant accueilli la coupe du monde 2010 masculine, évoquant les événements qui ont entachés la finale Maroc-Sénégal, sacrant les Lions de la Téranga au détriment des locaux. Le dirigeant se dit même prêt à organiser le tournoi sur son sol, qualifiant ce report comme d’une “Prise d’otage du football féminin”, le 4 mars, lors d’une conférence de presse à Pretoria.
Il faut dire que le Maroc n’est pas non plus étranger à cette posture. En 2015, le pays s’était déjà désisté à la dernière minute, provoquant une polémique au sein de la Confédération Africaine de Football. Une récidive qui pourrait être particulièrement surveillée dans les semaines à venir, même si, malgré les protestations venues d’Afrique du Sud, la compétition reste sur le sol marocain.
Une préparation tronquée
Pendant ce temps, les différentes équipes engagées ont commencé leurs préparatifs pour bien aborder ce tournoi. Le report chamboule complètement le calendrier de ces championnes ambitieuses qui mettent leur vie entre parenthèses pour ce tournoi. “En restant longtemps dans un flou total, la confédération africaine de football a manqué de considération pour les nations qualifiées, pour les joueuses, les staffs techniques et ceux qui s’intéressent au football féminin”, déplore Birama Konaté, le sélectionneur de l’équipe féminine du Mali auprès du média Le Monde après que le couperet soit tombé.
Pour beaucoup, des moyens financiers importants ont été mis en place, les calendriers sont bouleversés et la préparation adéquate est chamboulée. Les nations comme le Nigeria ou le Cameroun ont organisé un rassemblement conséquent en amont de cette compétition, qui se révèle maintenant infructueux avec son décalage.. Sachant que cette dernière relève d’une importance capitale.
En plus du prestige du trophée, il y a à la clef des tickets qualificatifs à la Coupe du Monde 2027 au Brésil pour les quatre dernières équipes en lice. Le report, prévenu si tardivement, ressemble alors à un véritable sabotage pour les nations engagées. Qu’importent les raisons, qu’elles soient venues par une défiance du Maroc vis-à-vis de la Fédération continental, un chevauchement de calendrier avec le championnat national masculin, ou la difficulté d’assumer ses engagements qui se multiplient ces dernières années. C’est encore un coup porté au football féminin.
Alors que les hommes ne jouent plus ce tournoi l’été, en raison des fortes chaleurs et du mauvais entretien des terrains durant cette saison (cela devrait de nouveau changer en 2027), une tenue de la compétition du 25 juillet au 16 août 2026 pour les féminines souligne l’importance qu’on accorde à cette compétition continentale. Déjà que la CAN paraît souvent être négligée par la FIFA dans son calendrier, le sort réservé aux footballeuses africaines semble lunaire et sordide. Pourtant, ce sont bien elles qui en pâtissent principalement de ce mépris.
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