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Lysistrata Média

Sous couvert d’anonymat, les discours abjects des clients prostitueurs

À l’occasion des dix ans de la loi dite Olivier Coutelle, du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, le réseau international de lutte contre la prostitution, Zéromacho, publie son livre Des Bordels aux Forums, Paroles d’Hommes. 

Créé en 2011, le réseau international Zéromacho regroupe des hommes luttant contre la prostitution en considérant qu’il faut responsabiliser et pénaliser les clients qu’ils nomment les “prostitueurs”. Ces derniers sont le sujet de leur livre Des Bordels aux Forums, Paroles d’Hommes à paraître aux éditions La Trêve, disponible dès le 13 avril. Une date qui n’est pas choisie au hasard. 

 

Ce 13 avril 2026 marquera les dix ans de la loi dite Olivier Coutelle de 2016 qui dépénalise les personnes prostituées, leur propose des parcours de sortie et pénalise l’achat d’actes sexuels. Le 13 avril coïncide également avec la loi dite Marthe Richard à l’origine de la fermeture des maisons closes en France et qui fêtera ses 80 ans cette année. Ainsi, à l’occasion de ces avancées sur les droits des personnes prostituées en France, Zéromacho met en avant les hommes qui rendent encore possible ce commerce des rapports sexuels et restent pourtant trop souvent dans l’ombre : les prostitueurs (clients).

« Avertissement : mots crus du registre sexuel »

Des Bordels aux Forums, Paroles d’Hommes propose de dresser un « portrait-robot » des prostitueurs à travers leurs propres paroles, ponctuées d’analyses et de réactions des membres du réseau. Les membres de Zéromacho ont réuni les témoignages de prostitueurs directement via un forum à travers lequel ces derniers livrent leur « EV » (« expérience vécue ») pour reprendre leur vocabulaire. Devant tant d’imagination linguistique, on en vient à remercier Zéromacho pour le lexique disponible en fin d’ouvrage. Un vocabulaire cru et des témoignages qui rendent la lecture parfois, voire souvent difficile. 

 

Pourtant, le récit est des plus nécessaires aujourd’hui. Le livre de Zéromacho se concentre sur les clients des « salons de massages » de Paris qui sont des lieux de prostitutions. Au total, le réseau dénombre 427 établissements proposant des massages avec « finition », c’est-à-dire avec rapports sexuels tarifés. Au moment de la loi dite Marthe Richard, on comptait 180 maisons closes à la capitale. Ainsi, 80 ans après la fermeture des maisons closes, les établissements proposant cette possibilité ont plus que doublé rien que dans la capitale. Mais, des enseignes lumineuses aux témoignages peu cachés sur Internet qui donnent explicitement les adresses des salons, les prostitueurs ne passent pas inaperçus.

« Une question de droits humains »

Autres éléments loin d’être discrets : la misogynie et le racisme dont transpirent les publications du forum. Les membres de cette communauté dévoilée par Zéromacho parlent du physique des femmes comme des caractéristiques d’une voiture, se vente de négocier les prix comme au marché et s’insurgent comme dans un mauvais avis Google. À travers leur cynisme, ils font des femmes une marchandise.

"La réalité de la prostitution, vous la trouverez dans ces pages - sordide, violente, insupportable, pathétique aussi, racontée par ceux qui l'infligent" 

Gérard Biard, président de Zéromacho, Des Bordels aux Forums, Paroles d'Hommes

Mais Des Bordels aux Forums, Paroles d’Hommes ne se contente pas de dresser le portrait des prostitueurs, mais décrypte une forme de déculpabilisation de ces derniers face à la réalité des « masseuses ». Pour l’historienne Florence Montreynaud qui coordonne le livre, dans une interview pour le magazine 50-50, la réalité est qu' »une femme qui ne ressent pas de désir subit un viol, même si elle est payée, même si elle est consentante ».


Ainsi, pour reprendre les mots de Gérard Biard, président de Zéromacho, « Faut-il s’infliger cette lecture ? Oui ». Difficile mais nécessaire, Des Bordels aux Forums, Paroles d’Hommes met en avant les acteurs invisibilisés, mais ô combien responsables du second marché illégal au monde : l’exploitation sexuelle et le proxénétisme et trafic d’être humain qui vont avec.

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