Les femmes vivant dans des zones rurales françaises sont plus freinées dans leur carrière et les inégalités avec leurs homologues masculins sont bien plus marquées que pour les urbaines.
Être une femme et habiter en zone rurale en France, c’est la double peine. Selon une étude de l’Institut Terram et de l’association Rura parue le 8 décembre, les femmes qui vivent en milieu rural sont plus freinées dans leur carrière et dépendantes des hommes que celles qui habitent en ville. La campagne agit comme un amplificateur d’inégalités.
Une réalité incompressible touche les personnes habitant les zones rurales : la règle des 1 km = 1 minute. Pour les courses, l’école des enfants et le travail, rien n’est possible sans la voiture, le temps et l’énergie. Et ce sont le plus souvent les femmes qui acceptent un poste plus proche de leur domicile, plus précaire et donc moins valorisé.
Les inégalités à l’emploi sont particulièrement visibles : 39 % des femmes rurales travaillent à temps partiel contre 29 % au niveau national, selon les données du rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat. Elles se retrouvent plus souvent au foyer avec des tâches peu valorisantes et se sentent moins légitimes à s’engager en politique localement. Un cercle vicieux commence alors pour elles, étant moins présentes dans les élues, elles sont moins représentées et ainsi moins prises en compte.
Des jeunes femmes dans des emplois précaires
Ces inégalités à l’emploi accentuent les inégalités entre les genres, notamment dans les pensions de retraite ou l’accès à la propriété. Ayant été de longues années à temps partiel, les femmes touchent des revenus bien inférieurs à ceux des hommes, rappelle Maeva Durand dans “Les campagnes françaises : portrait de territoires populaires”. Les jeunes femmes rurales sont plus nombreuses à connaître des contrats précaires : 41 % contre 34 % des urbaines.
Les zones rurales françaises sont particulièrement touchées par la rareté des services et parmi eux, le manque de place dans les crèches. Une fois encore, ce sont les femmes qui s’arrêtent de travailler pour s’occuper des plus petits le temps de leur entrée à l’école. La fermeture des guichets administratifs et les déserts médicaux amplifient le travail domestique des femmes, qui s’occupent de leurs parents, grands-parents ou de leur belle-famille.
50 % des victimes de féminicides
Y comprit pour elles-mêmes, l’accès aux soins se complique en territoire rural. 17,2 % des femmes renoncent à des soins gynécologiques par manque de professionnels dans leurs secteurs de vie et un quart des Françaises sont contraintes de changer de département pour avorter, selon la délégation aux droits des femmes.
La faible densité géographique, la grande proximité des habitants entre eux et l’éloignement des autres villes forment un piège qui se referme sur les femmes qui souhaiteraient se séparer de leurs compagnons. Elles ne peuvent pas parler et ne peuvent pas partir par manque de moyens. Les habitantes des zones rurales représentent ainsi 50 % des victimes de féminicides alors qu’elles sont un tiers des 34 millions de Françaises.