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Le sexisme impacte physiquement notre cerveau

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Une étude réunissant plusieurs chercheurs dans 29 pays a montré que le sexisme ordinaire peut laisser une trace dans le cerveau des femmes.

Dans son dernier rapport sur le sexisme en France, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes différencie le sexisme hostile du sexisme ordinaire. Le sexisme hostile se caractérise par un rejet des femmes et des violences contre elles. On pense alors à des mouvances comme les masculinistes ou incels (célibataires involontaires). Le sexisme ordinaire ou paternaliste est celui du quotidien, des petites remarques, sous-entendus ou micro-agressions. On pense ici à l’écart salarial ou aux réflexions sur le physique des femmes. Face au sexisme, il ressort de l’étude que 54 % des femmes estiment qu’il est désavantageux, dans la société actuelle, d’être une femme (contre 42 % des hommes). 

Mais alors, dans une société où le masculinisme se professionnalise et se transforme en véritable industrie lucrative, existe-t-il un sexisme plus dangereux qu’un autre ? En opposition aux coach séductions sur les réseaux sociaux appelant parfois à la violence contre les femmes, le sexisme paternaliste, se voulant protecteur et bienveillant est-il sans danger ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le sexisme n’a pas besoin d’être radical pour laisser des cicatrices. Une étude publiée en 2023 dans la revue de l’Académie des sciences des États-Unis a montré que le sexisme ordinaire laisse des séquelles dans les cerveaux des femmes. Les chercheurs ont analysé 7 876 IRM de 4 078 femmes et 3 798 hommes en bonne santé, répartis en 139 échantillons dans 29 pays différents. Ils ont cherché à évaluer les différences de structures cérébrales entre les femmes et les hommes et s’il y avait une causalité entre les résultats et l’inégalité de genre à l’échelle des pays. 

Le sexisme modifie le cerveau 

L’étude montre ainsi que, dans les pays où l’égalité de genre est la plus avancée, il n’y a aucune différence entre le cerveau masculin et féminin. Or, dans les pays où l’inégalité de genre est plus marquée, le cortex de l’hémisphère droit des femmes est plus fin. Les psychiatres parlent alors de cicatrices dans le cerveau dues à une forme de stress chronique. Auprès de la BBC, Nicolas Crossley, psychiatre à l’université du Chili de Santiago et chercheur principal de l’étude, explique qu' »une expérience profonde et durable dans une société qui vous dévalorise aurait un effet durable, car le stress chronique inhibe la capacité naturelle du cerveau à s’adapter ». 

Le sexisme ordinaire est loin de résulter d’une action unique mais bien d’un cumul d’expériences. La peur de rentrer tard seule le soir ne résulte pas d’une unique mauvaise expérience, mais d’un harcèlement de rue répété, la peur de paraître « trop vulgaire » ou « trop sainte nitouche » résulte elle, souvent d’une réduction des femmes à leurs apparences, ancrée dans la société, le syndrome de l’imposteur ou l’auto-sabotage professionnel d’un plafond de verre, et la liste est longue. L’inégalité devient alors une variable environnementale, prenant la forme d’un stress chronique. 

Un cercle vicieux

 

L’étude montre que ce stress chronique touche particulièrement le cortex orbitofrontal médial et le cortex cingulaire antérieur qui sont les zones du cerveau liées au contrôle émotionnel, à l’apprentissage et à la mémoire. L’étude rappelle également que c’est souvent dans les pays les plus inégalitaires que les femmes présentent une réussite académique plus faible que celle des hommes. Il ne s’agirait alors pas d’une question de capacités, mais d’environnement dans lequel évolue les individus. Dans les endroits du globe où l’accès à l’éducation est limité pour les jeunes filles, le cerveau se retrouve privé de nouvelles stimulations et donc se développe moins. Ainsi, les chercheurs de l’IDIBAPS-Hôpital de Barcelone Isabel Valli, Miquel Bernardo et Clemente Garcia-Rizo ayant participé à l’étude, expliquent dans un article publié par la clinique qu' »ensemble, les données suggèrent l’existence d’un mécanisme neuronal responsable de la prévalence plus élevée des troubles mentaux et des faibles performances académiques chez les femmes”. 

Comme un serpent qui se mord la queue, les chercheurs avancent que « les difficultés d’accès à l’éducation ou à la stimulation et à l’enrichissement des environnements pourraient réduire le branchement des dendrites neuronales ou la formation de nouvelles connexions entre neurones, ce qui a été associé à l’apparition de pathologies psychiatriques. Malgré tout, davantage d’études sont nécessaires pour établir une relation de cause à effet”.

Une blessure psychique 

En affinant le cortex de l’hémisphère droit des femmes, le sexisme touche directement leur capacité d’adaptation aux troubles liés stress comme la dépression ou le syndrome post-traumatique. Ainsi, le sexisme ordinaire ne se contente pas d’infliger une blessure physique au cerveau, mais également psychique. L’OMS estime que 4 % de la population mondiale souffre de dépression, dont 4,6 % d’hommes adultes et 6,9 % de femmes adultes. Les femmes seraient donc les plus touchées par les troubles dépressifs. 

Mais attention, au niveau psychique, les femmes ne sont pas les seules à connaître des conséquences du sexisme ordinaire. Bien qu’ils ne soient pas les victimes des inégalités salariales ou de l’inégale répartition des tâches ménagères, les hommes auraient, eux aussi, leur santé mentale impactée par le sexisme. En 2016, une méta-analyse comprenant plus de 19 000 participants a avancé que « le sexisme n’est pas seulement une injustice sociale, il a également des conséquences néfastes sur la santé mentale de ceux qui adoptent de telles attitudes ». Les normes de masculinité peuvent ainsi encourager la prise de risque, la violence ou encore la toxicomanie, ayant des répercussions directes sur ceux qui les prônent. 

Ainsi, pour Nicolas Crossley, « en améliorant l’égalité entre les sexes, on améliorerait la santé des femmes, ce qui coûterait moins cher à tout le monde ». La lutte contre le sexisme ordinaire et hostile n’est donc pas seulement une affaire de femme. 

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