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Lysistrata Média

“vagin”, “hymen”, “clitoris”, faut-il changer les noms des parties du corps féminin donnés par les hommes ? 

Des chercheurs européens des siècles passés ont découvert et nommé les parties du corps féminin. Aujourd’hui teinté d’une histoire masculine et patriarcale, faut-il les changer ?  

Si l’on observe l’anatomie des femmes et notamment autour du bassin, on remarque que la plupart des parties du corps ont des noms d’hommes. Comme les explorateurs qui donnaient leur nom à un nouveau territoire découvert, les médecins et anatomistes européens des 15, 16 et 17ᵉ siècle, ont marqué le corps des femmes de leur nom. Les trompes de Fallope, le cul-de-sac de Douglas ou encore la glande de Bartholin, tous portent le nom de leur découvreur. 

 

Le terme clitoris vient du grec ancien κλειτορίς (kleitoris), qui est d’ailleurs au départ un mot féminin, pouvant être traduit comme ce qui sert à fermer, soit un verrou ou une clé. La linguiste Michèle Clément (dans Anachronisme et clitoris) indique qu’à l’époque, l’utilisation du mot servait à désigner les parties extérieures du sexe féminin de façon indifférente, confirmant le désintérêt des médecins pour cette partie du corps, et ce, jusqu’au milieu du XVIe siècle. 

Chacun sa découverte

S’ensuit une bataille scientifique pour savoir qui de Mateo Realdo Colombo et Gabriele Falloppio a découvert le clitoris au 16ᵉ siècle. Qu’importe, Gabriele Falloppio a remporté une conquête de territoire, il aura droit à son nom sur les tubes utérins, devenant les trompes de Fallope (avec son nom francisé). 

 

Quelques années plus tôt, c’est Capsar Bartholin Le Jeune qui découvre les glandes vestibulaires majeures et leur offre son nom lorsqu’il se rend compte qu’elles sont à l’origine de sécrétions filantes, incolores et lubrifiantes facilitant la pénétration du pénis lors de rapports sexuels. Voilà donc les glandes de Bartholin. 

 

On peut aussi citer le cul-de-sac de Douglas, du nom de James Douglas qui découvre au 18ᵉ siècle ce point situé au plus bas de la cavité péritonéale. Mais aussi le fameux point G du nom du médecin allemand Ernest Grägenberg.

Le dieu grec Hymen du mariage

Dans cette liste, n’oublions pas l’hymen, venu du nom du dieu grec du mariage “Hymen”, nous rappelant ainsi l’obsession de la virginité féminine lors du mariage. C’est André Vésale, anatomiste de la Renaissance, qui a donné le nom d’hymen pour désigner la membrane qui couvre partiellement l’ouverture du vagin. 

 

Le terme vagin est, lui aussi, teinté d’une histoire masculine. En 1674 Nicolas de Blégny, essayiste et chirurgien français, utilise le mot pour la première fois. Venant du latin, “vagina” qui dénomme “une gaine, un fourreau où était enfermée l’épée”. Le terme montre ainsi par extension une vision hétérosexuelle masculine et hétéronormée du sexe. Le vagin sert à envelopper le pénis. 

Changer les noms ?

Tous ces exemples montrent que la plupart des organes féminins sont nommés uniquement pour leur fonction médicale et reproductive. Des chercheurs blancs d’un autre siècle continuent ainsi de faire peser une image patriarcale sur le corps des femmes. Faut-il alors envisager de changer leur nom pour mettre fin à la domination du masculin dans les connaissances médicales ? La question divise. Le site médical américain Healthline propose par exemple de remplacer le mot vagin par l’expression “front hole”, “trou de devant”, à la fois “trivial et enfantin” selon Laurence Rosier, professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique à l’Université libre de Bruxelles, interrogée par la RTBF.  

 

La chercheuse estime qu’il faut “distinguer l’usage public et donc politique dans les débats qui concernent la sexualité, la santé, etc. et l’usage littéraire, poétique et intime de nos parties génitales”. “Du point de vue des mots, les sexes féminin et masculin sont les domaines où l’on rencontre le plus de variations” rappelle Laurence Rosier. Alors comment ne choisir qu’un seul mot qui convienne à tous ?

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