Ces dernières semaines, les Strokes, groupe de rock indé que j’écoute depuis que je suis ado, a sorti deux singles de leur nouvel album, Reality Awaits, six ans après leur dernière sortie. La particularité de ces deux titres ? Ils sont bourrés d’autotunes. Alors, même que je suis habituée aux sonorités des Strokes, et à l’autotune de The Voidz, l’autre groupe du chanteur, cela m’a pris plus de temps pour m’approprier ces deux morceaux et vraiment les apprécier. Mais je ne suis pas la seule : la critique n’a pas été très accueillante, qualifiant les singles de “fainéants”.
L’autotune, c’est de la fainéantise ?
Cette réaction du public n’est pas surprenante : l’autotune divise depuis sa création. À sa sortie en 1998, un an après le développement de l’autotune, le single Believe, de Cher a divisé la critique. Il se démarque parce qu’il utilise l’outil non pas comme un correcteur de performance vocale naturel, presque transparent à l’oreille, mais comme une manière de donner à la voix de Cher un aspect presque robotique. L’astuce de l’autotune, qui était un petit secret de l’industrie musicale, se fait connaître du grand public.
Est-ce que ça fait de Cher, déjà reconnue à cette époque comme “la déesse de la pop”, une artiste moindre ? Sûrement pas. Elle n’a pas besoin de l’outil pour magnifier sa voix reconnaissable, mais elle l’utilise pour y ajouter des tonalités de synthèse.
S’amuser dans l’expérimentation musicale
L’outil est poussé à l’extrême par d’autres artistes, et devient un véritable “jouet” dans la production musicale. On a mentionné les Strokes et les Voidz dans le genre rock, mais on peut aussi l’associer au rap, avec T-Pain, ou avec le parfait exemple de JUL en France (ndlr : nous ne soutenons pas les paroles de leurs chansons). Mais cela peut surtout s’avérer l’outil parfait pour la musique électronique (on pense à Daft Punk).
Si on remonte un peu dans le temps, 1981, Laurie Anderson, artiste expérimentale de l’avant-garde américaine, sort O Superman. “Ce morceau est basé sur une boucle de “ha ha ha ha” fait avec un harmoniseur, mais je voulais que ce soit comme un refrain grec, pas juste une voix, donc j’ai utilisé le vocodeur, qui a été développé à l’origine comme une technologie d’espion pour cacher les voix. Ça marchait avec le concept.” explique Laurie Anderson dans une interview pour The Guardian.
Avec le vocodeur, elle crée un son robotique et rythmique qui “fonctionne” avec le concept d’une musique électronique. Et personne ne s’en offusque.
On peut prendre l’exemple plus récent de Charli XCX, pour pousser vers l’hyperpop : elle s’ancre totalement dans ce genre musical qui, lui aussi, utilise un outil pour enrichir ses sonorités exagérées et de pop poussée à l’extrême.
N’en déplaisent aux détracteurs et détractrices, qui estiment que ces artistes ne savent simplement pas chanter : si la modification de voix ne leur plaît pas, et les performances vocales de haute voltiges “naturelles” sont ce qu’iels recherchent, de nombreux artistes offrent toujours ce qu’iels recherchent dans la musique.
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