Chaque semaine, Lysistrata vous donne les cinq actus de la semaine en matière de droits des femmes dans le monde. Cette semaine : une grève historique en France, un cinéma victime d’âgisme, un vol pas comme les autres et un nouveau rapport sur les violences faites aux femmes autochtones du Québec.
France – Une grève historique si peu visible
Après 78 jours de grèves, les employées d’un salon de coiffure du boulevard de Strasbourg à Paris ont obtenu un titre de séjour “en tant que victimes potentielles de traite d’être humains”. Depuis le 3 mars, elles occupaient leur lieu de travail pour dénoncer des conditions de travail telles que des journées interminables, une absence de congés payés, une exposition à des produits chimiques ou des salaires inférieurs au SMIC. Salaires qui n’ont pas été versés depuis octobre 2025. Les grévistes ont vite été rejointes par la CGT dont l’objectif est de faire remonter cette histoire dans les médias. Objectif atteint puisque le 19 mai, la préfecture de police de Paris leur délivre des titres de séjours qui les protégeront durant toute la durée de l’affaire. Cette grève met la lumière sur l’exploitation des femmes sans papiers. Cette grève rappelle que certains mouvements historiques notamment pour les droits des travailleurs ont eux pour moteurs des femmes.
(Les Nouvelles News, 27 mai)
Sport – On n’aurait pas dit mieux
Sur son compte Instagram, Pauline Peyraud-Magnin, la gardienne des Bleues, met les points sur les i et ça fait du bien. Pour la joueuse du Summit de Denver, “le sport féminin n’a pas besoin d’être constamment comparé au sport masculin”. Lassée de l’opposition permanente entre sports féminins et sport masculins ou d’entendre des réflexions comme “le foot féminin, c’est moins bien”, Pauline Peyraud-Magnin rappelle que le sport féminin n’est pas une copie du masculin, mais qu’il a ses propres codes, sa propre histoire. Une piqûre de rappel bien venue à quelques semaines du coup d’envoi de la coupe du monde de football masculine. Cet été, on ne veut plus entendre que tel joueur “est tombé comme une femme” ou que “le foot féminin ça n’a vraiment rien à voir”.
Canada – les femmes autochtones victimes de violences obstétricales au Québec
Mardi, un rapport publié par la professeure Suzy Basile, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, fait état de violences obstétriques systémiques envers les femmes autochtones. Le rapport présente 97 nouveaux témoignages de femmes principalement innues et atikamekw âgées de 15 à 40 ans au moment des faits. Les témoignages font part de 55 cas de stérilisation forcée, mais également de violences obstétricales et d’avortements non consentis entre 1956 et 2023. Suzy Basile souligne une “forme de traitement différentiel entre femmes autochtones et allochtones” dû à un racisme systémique et des préjugés comme le fait que les femmes autochtones auraient trop d’enfants et souffriraient de toxicomanie. Les violences ne sont pas seulement physiques, mais également verbales, émotionnelles et psychologiques. Grâce aux prises de paroles des victimes, les recours collectifs se multiplient et la sénatrice Yvonne Boyer a déposé à la Chambre des communes un projet de loi criminalisant la stérilisation forcée et contrainte. Par leur courage, les survivantes pourraient sauver de potentielles futures victimes.
États-Unis – Vol vers la liberté
Au Texas, l’ONG Elevated Access propose des vols gratuits aux personnes souhaitant avorter. Depuis que la Cour suprême des États-Unis a annulé en 2022, l’arrêt Roe vs Wade qui légalisait l’avortement, ce sont pas moins de 500 pilotes d’avions étasuniens qui convoitent ces femmes ou leur achètent un billet d’avion pour réaliser une interruption volontaire de grossesse (IVG) en clinique dans un état voisin. En quatre ans, 3 700 personnes ont déjà pu bénéficier de cette aide pour un avortement ou un traitement pour une transition de genre. Un chiffre à la fois grand et faible quand on sait que 25 millions d’Étasuniennes âgées de 15 à 44 ans résident dans des États où l’avortement est interdit. Depuis l’interdiction de l’IVG certaines femmes doivent se déplacer loin de chez elles pour avorter, roulant parfois plus de 24 h et dépensant plus de 2 000 dollars entre les frais de déplacements et médicaux. L’avortement est devenu un enjeu financier pour beaucoup de femmes. Face à ces inégalités et au contrôle du corps des femmes, le pilote Mike Bonanza à l’origine de l’ONG nous redonne espoir en l’humanité.
(Le Monde, 24 mai)
Culture – Mieux vaut s’appeler Chris et manger des croquettes
Lundi, la campagne Age Without Limits, qui agit contre l’âgisme, a sorti une étude qui prête à sourire tant les résultats montrent un ridicule mépris pour les femmes de plus de 60 ans. L’analyse des 100 films ayant réalisé les plus gros succès au box-office britannique entre 2023 et 2025, montre qu’un acteur prénommé Chris ou un animal parlant ont plus de chance de décrocher un premier rôle qu’une actrice de plus de 60 ans. Pourtant, l’étude révèle également un intérêt marqué du public britannique pour les films ayant comme rôle principal une femme âgée. Cette étude montre l’invisibilisation des femmes de plus de 60 ans au cinéma alors même que près d’un spectateur britannique sur cinq a plus de 55 ans. Cet âgisme touche plus durement les femmes. En effet, 33 % des personnes interrogées estiment qu’il n’y a pas assez de femmes de plus de 60 ans dans un rôle principal contre 20 % pour les rôles masculin du même âge. À quand une meilleure représentation des femmes âgées au cinéma ?
(Age Without Limits, 25 mai)
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