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Lysistrata Média

Quand les voix féminines du jazz ont porté le combat des droits civiques des Noir·es aux États-Unis

Les femmes noires jouent un rôle fondamental dans l’histoire du jazz, leurs voix l’ont façonné, mais elles ont aussi largement contribué à en faire un genre militant dans des États-Unis profondément marqué par des siècles de répression envers les communautés noires. 

Vedette du jazz new-yorkais des années 1930, Billie Holiday chante aux côtés de Count Basie et Duke Ellington, pour ne citer qu’eux. En 1938, elle rejoint l’orchestre d’Artie Shaw, compositeur de big band du jazz états-unien, marquant l’histoire en devenant la première chanteuse Noire à partir en tournée avec un orchestre blanc dans les États-Unis ségrégés marqués par les lois Jim Crow (les lois Jim Crow ont été introduites dans les États du sud et quelques ville du nord des États-Unis entre la fin du XIXe siècle et milieu du XXe siècle et y ont imposé la ségrégation raciale).Elle finit par quitter la formation : elle n’est pas la bienvenue dans les hôtels des États du sud dans lesquels ils sont supposés tourner et Artie fait de moins en moins appel à elle lors des concerts, sous la pression des producteurs et de son manager. Elle rentre à New York et on lui propose d’interpréter le poème Strange Fruit en chanson : métaphore du lynchage des Noir·es, le texte parle à Billie Holiday, qui y voit une manière de dénoncer le sort de son père, guitariste de jazz noir, mort d’une pneumonie après que plusieurs hôpitaux texans (dans le sud ségrégationniste) aient refusé de le soigner. La maison de disques de l’artiste refuse d’enregistrer le morceau, alors elle finit par s’adresser à un autre label, et le titre a un succès immédiat. Il sera repris à travers les années par plusieurs artistes, dont Ella Fitzgerald, Carmen McRae et Nina Simone.

 

Nina Simone, à son époque, a aussi interprété plusieurs morceaux engagés pour l’acquisition des droits civiques de la communauté noire états-unienne, après avoir été marquée par des années de répression due à son identité de femme noire. Enfant prodige, elle rêvait de devenir la première pianiste de musique classique noire aux États-Unis. Elle se voit finalement refuser l’admission à son école de rêve. Pour elle, le message est clair : on lui a refusé sa bourse parce qu’elle est une femme noire. Dans les années 1960, alors que le mouvement des droits civiques se renforce, elle s’entoure des grands intellectuels afro-états-uniens de l’époque et s’engage de plus en plus dans la cause. À partir de la sortie de son premier album pour le distributeur Philips en 1964, Nina Simone In Concert, elle intègre ses convictions dans ses enregistrements. Elle sort notamment Mississippi Goddam, en réaction à l’assassinat du militant afro-américain Medgar Evers et à un attentat dans une église à Birmingham en Alabama ayant tué quatre jeunes filles noires. Le titre sera boycotté dans les États du sud. En 1964, le Civil Rights Act est ratifié, interdisant la discrimination dans les entreprises, y compris les écoles privées. 

 

Un héritage présent dans le jazz contemporain

Plusieurs décennies plus tard, cet héritage continue de résonner dans le jazz contemporain, porté notamment par Esperanza Spalding. Contrebassiste, chanteuse et compositrice formée dans le jazz mais ouverte aux musiques populaires noires actuelles, elle sort son single Black Gold en 2012. Son morceau paraît le 1ᵉʳ février, jour d’ouverture du mois d’Histoire des Noir·es aux États-Unis. Elle y revendique une fierté noire qui prend racine bien avant l’esclavage : elle invite à se tourner vers l’Afrique précoloniale et vers la force transmise par les ancêtres, pour encourager les jeunes Noir·es à avancer la tête haute face aux préjugés qui continuent de peser sur eux. 

Ainsi, de Billie Holiday à Nina Simone, puis à Esperanza Spalding, plusieurs générations de femmes noires du jazz ont fait de leur musique un espace de mémoire et de résistance. 

 
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